Selon les chiffres avancés par le Dr A. Kerrar, intervenant ce jeudi , sur les onde de la chaîne 3, en marge de la Conférence ministérielle africaine sur la production locale de médicaments et des technologies de la santé, l’Afrique fait face à un retard sanitaire structurel profond, marqué par un déficit important en infrastructures, en production pharmaceutique et en capacités de soins. Le continent dépense à peine 4,5 milliards de dollars par an pour ses infrastructures de santé, alors que les besoins réels sont estimés à 27 milliards de dollars annuels, alors que l’Afrique concentre 18 % de la population mondiale. l’Afrique dépend massivement des importations, qui représentent 18 milliards de dollars, selon les chiffres 2024 de la Chambre internationale de commerce (ICC) cités durant l’émission.
Selon l’intervenant, cette insuffisance se reflète dans l’accès aux équipements médicaux essentiels : dix pays africains ne disposent toujours pas d’un seul mammographe, un indicateur révélateur du retard en matière de diagnostic précoce. L’espérance de vie en Afrique reste inférieure de 10 ans à celle de l’Occident (63 ans contre 73), reflet direct de ce manque d’investissements et de la faiblesse des systèmes sanitaires nationaux.
L’Afrique ne couvre aujourd’hui que 15 % de ses besoins en produits de santé, avec un déficit chronique de production locale. Le continent ne représente que 2,5 % de la production pharmaceutique mondiale, un retard lourd de conséquences économiques et sociales. Kerrar souligne que le retard de production signifie un retard économique, car la dépendance aux importations prive les pays africains de souveraineté sanitaire et d’opportunités industrielles.
Sur les 600 unités de fabrication pharmaceutique recensées en Afrique, seulement 8 pays en disposent réellement, et un tiers d’entre elles est concentré en Algérie. Avec 250 usines de médicaments sur les 650 que compte le continent, l’Algérie représente aujourd’hui un acteur majeur, disposant d’un tissu industriel solide et capable d’accompagner ses partenaires africains dans la montée en compétences, le transfert de savoir-faire, la formation, le développement du volume analytique et l’implantation d’unités de production.
Kerrar rappelle que la production locale est désormais une “super priorité” pour l’Afrique, alors que seulement 5 pays disposent d’une véritable capacité industrielle structurée. Dans un continent où les habitants dépensent en moyenne 25 dollars par an en santé, contre 450 dollars dans les pays de l’OCDE, la question de la souveraineté sanitaire devient centrale.
Il a également souligné les enjeux liés au cadre réglementaire international : les brevets assurent 20 ans de monopole pour les nouveaux produits, limitant l’accès aux innovations thérapeutiques. L’Afrique a déjà eu recours, notamment pour les traitements du sida, aux licences obligatoires, un mécanisme reconnu par l’OMS permettant de produire ou d’importer des génériques malgré la protection des brevets. Kerrar estime que ce levier doit être renforcé, notamment pour les maladies rares et plusieurs pathologies non enregistrées en Afrique, afin de garantir un accès équitable aux soins.
K.A
