Face à l’envasement accéléré des barrages, l’Algérie explore une piste inattendue : transformer la vase accumulée au fond des retenues d’eau en matériaux de construction durables. Une solution innovante présentée hier au Ministère de l’Hydraulique, lors d’une rencontre organisée avec l’Agence Nationale des Barrages et Transferts (ANBT), et le cimentier Holcim , qui a rassemblé chercheurs, experts et industriels. Selon M. Abdellatif Azira – Directeur Général de l’ANBT, l’envasement des barrages n’est pas un phénomène nouveau, il a entraîné une perte de 1,4 milliard de m³, soit 15,7 % de leur capacité initiale. Les campagnes de dévasement menées entre 2019 et 2025 n’ont permis de récupérer que 40 millions de m³. Il souligne qu’ au regard des contraintes environnementales et de gestion complexe des rejets, la valorisation de la vase apparaît comme une solution stratégique et durable, offrant une alternative efficace pour restaurer les capacités des barrages tout en limitant l’impact environnemental. L’innovation mise en avant par l’Université de Aïn Témouchent ouvre une voie nouvelle : considérer la vase non plus comme un résidu à évacuer, mais comme un gisement. Les travaux menés sous la direction de Dr Hafida Marouf démontrent que ces sédiments peuvent remplacer l’argile dans la fabrication :de briques géopolymères non cuites, de briques cuites, et de béton bas carbone.
Ce basculement technologique répond à plusieurs impératifs : réduire l’impact environnemental dans le secteur des BTPH, limiter l’extraction de matières premières naturelles et restaurer la capacité des barrages sans multiplier les chantiers lourds. Pour d’autres spécialistes présents, comme le Pr Boualem Remini, cette innovation s’inscrit dans une continuité historique : l’Algérie pionnière, a commencé à travailler sur la valorisation de la vase dès les années 1990. Mais le phénomène s’est amplifié : une vingtaine de barrages sont aujourd’hui fortement envasés, et une dizaine considérés vulnérables. L’industrie n’est pas en reste. La responsable de GeocycleChez Holcim, Mme Karima Fareha, a souligné le potentiel du co-processing, un procédé permettant d’intégrer la vase dans des filières industrielles déjà existantes. Cette approche génère un triple bénéfice , à savoir restaurer plus rapidement les capacités des barrages ; réduire la pression sur les gisements naturels d’argile et enfin encourager de nouveaux procédés dans un secteur du BTP en pleine transition. Selon l’intervenante , les essais techniques en grandeur nature sont d’ailleurs finalisés. Le lancement industriel dépend désormais d’autorisations administratives, signe que la filière pourrait devenir opérationnelle à court terme.
La rencontre a révélé plus qu’un diagnostic : elle a mis en lumière un changement de paradigme. En transformant un problème structurel — la vase — en ressource stratégique, l’Algérie qui souffre du stress Hydrique, pourrait ouvrir une nouvelle phase de sa politique hydraulique et environnementale. Une transition où la science et l’industrie deviennent des alliées pour renforcer la résilience du pays face aux défis climatiques.
K.A.
